État de droit en Afrique : à Cotonou, Mgr Roger Houngbédji plaide pour une démocratie au service de l'homme
Par Justin KOUAVON
À l'initiative de l'Institut des Artisans de Justice et de Paix (IAJP) – Le Chant d'Oiseau, en partenariat avec la Fondation Konrad Adenauer (KAS), Monseigneur Roger Houngbédji, Archevêque métropolitain de Cotonou et président de la Conférence épiscopale du Bénin, a animé une conférence de haute portée sur les défis de l'État de droit et de l'alternance politique en Afrique. Devant un public composé d'universitaires, de responsables de la société civile, de juristes et de citoyens, le prélat a livré une réflexion approfondie sur les conditions d'un développement durable, appelant à replacer la dignité humaine, la justice et la gouvernance responsable au cœur des politiques publiques.
Jeudi 23 juillet, la salle de conférence de l'Institut des Artisans de Justice et de Paix (IAJP) a servi de cadre à une importante rencontre intellectuelle consacrée au thème : « État de droit et alternance politique en Afrique : un vrai enjeu de stabilité et de développement ».
Invité principal de cette conférence, Monseigneur Roger Houngbédji a développé une analyse qui dépasse la seule lecture juridique de l'État de droit. Pour le président de la Conférence épiscopale du Bénin, la consolidation des institutions démocratiques demeure indispensable, mais elle ne saurait, à elle seule, garantir un développement véritable des nations africaines.
« L'État de droit ne peut, à lui seul, garantir un développement durable. » C'est cette affirmation qui a servi de fil conducteur à toute sa communication.
S'appuyant sur les principes de la doctrine sociale de l'Église, Mgr Roger Houngbédji a insisté sur la nécessité de bâtir des politiques publiques centrées sur l'homme plutôt que sur les seuls indicateurs économiques.
Selon lui, le développement ne peut être évalué uniquement à travers la croissance économique ou les performances financières d'un État. Il suppose également la protection des libertés fondamentales, le respect de la dignité humaine, l'accès équitable à la justice, la qualité de l'éducation, la solidarité ainsi que la participation effective des citoyens à la vie publique.
Le cas du Bénin au cœur de l'analyse
Abordant la situation béninoise, Monseigneur Roger Houngbédji a reconnu les progrès enregistrés ces dernières années en matière de réformes institutionnelles et de modernisation de l'administration.
Toutefois, il a invité à poursuivre les efforts afin de renforcer davantage les garanties démocratiques, notamment en ce qui concerne l'indépendance de la justice, les libertés publiques et le dialogue entre les différentes composantes de la nation.
Évoquant les événements politiques récents, notamment la tentative de coup d'État du 7 décembre 2025, condamnée par l'Église catholique, il a estimé que la stabilité durable ne saurait reposer exclusivement sur les textes juridiques ou les performances économiques.
« La paix civile, la réconciliation nationale et la formation morale des citoyens constituent également des conditions essentielles au développement durable », a-t-il fait observer.
Une Église engagée pour la paix et le dialogue
Sans se substituer aux institutions de la République, l'Église catholique entend poursuivre sa mission d'accompagnement moral de la société.
À cet effet, Mgr Roger Houngbédji a réaffirmé la disponibilité de l'Église à promouvoir le dialogue, la médiation et la recherche permanente du consensus dans un contexte où les défis sécuritaires, économiques et politiques appellent davantage de responsabilité collective. Pour lui, une démocratie solide ne peut prospérer sans citoyens responsables, sans dirigeants attachés à l'éthique publique et sans institutions crédibles.
Un appel aux dirigeants africains
Au terme de sa communication, l'Archevêque de Cotonou a lancé un appel aux responsables politiques du continent.
Il les a exhortés à construire des États où la croissance économique s'accompagne d'une justice indépendante, d'une alternance politique apaisée, du respect des droits fondamentaux et d'une gouvernance fondée sur la responsabilité.
À travers cette conférence, l'IAJP confirme une nouvelle fois sa vocation de laboratoire d'idées et d'espace de réflexion citoyenne sur les grands enjeux de gouvernance en Afrique. Quant à Mgr Roger Houngbédji, il aura rappelé, avec force, qu'au-delà des institutions, le véritable socle de l'État de droit demeure la promotion intégrale de la personne humaine et la recherche constante du bien commun.



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