Chômage au Bénin : le chiffre qui cache la misère
Par Justin KOUAVON
Le taux de chômage au Bénin serait de 7,3 %, selon l’INStaD. Sur papier, la situation semble maîtrisée. Pourtant, le pays croule sous le poids d’une réalité plus inquiétante : la précarité généralisée des emplois. Un mal silencieux, ignoré par les politiques publiques.
Dans un pays comme le Bénin, se fier uniquement au taux de chômage pour évaluer la santé du marché de l’emploi, c’est comme prendre la température d’un corps malade avec un thermomètre cassé. Le taux de 7,3 % annoncé par l’INStaD au quatrième trimestre 2024 ne reflète en rien la douleur sociale quotidienne. Et celui de 2,4 % avancé par la Banque mondiale pour les années précédentes frôle l’insulte pour tous ceux qui triment chaque jour dans l’informel ou sous des contrats humiliants.
La majorité des Béninois travaillent sans une réelle sécurité, sans assurance et sans droits. Des femmes qui vendent des beignets à 5 heures du matin pour nourrir leur foyer, des hommes qui parcourent des kilomètres à moto pour une course à 500 francs, des diplômés qui cumulent les petits boulots ou s’enfoncent dans l’auto-exploitation. Tout le monde travaille, oui, mais personne ne s’en sort vraiment.
Alors non, le chômage n’est pas notre problème majeur. Le vrai fléau, c’est la précarité de l’emploi.
C’est elle qui enferme les familles dans le cycle de la pauvreté.
C’est elle qui détruit les rêves, pousse les jeunes à l’exode, dévalorise les diplômes et tue la dignité.
Les réponses doivent venir et vite. Elles doivent être à la hauteur. Il ne suffit plus de créer des emplois, mais de créer des emplois décents.
Journaliste et chroniqueur politique, je propose entre autres la formalisation effective de l’économie informelle. Le secteur informel concentre plus de 90 % des activités au Bénin. Il est donc temps de l’intégrer intelligemment dans l’économie formelle avec un accompagnement fiscal adapté, un accès au crédit, une couverture sociale minimale pour les petits entrepreneurs et les artisans. Il faut également à mon humble avis encourager l’entrepreneuriat de qualité. Il ne s’agit pas de distribuer des crédits à la va-vite, mais de créer un écosystème sérieux d’accompagnement à l’entrepreneuriat : incubateurs, formations continues, mentorat, fiscalité souple et protection sociale. Pour des emplois décents, nos décideurs doivent exiger à l'international une qualité dans les investissements privés. Lorsqu’un investisseur s’installe au Bénin, qu’il ne soit pas seulement jugé à l’aune de son capital, mais aussi au regard de la qualité des emplois qu’il propose. Salaires décents, sécurité et progression de carrière. Pour arrêter ma liste de propositions, je suggère que l'État rend le travail digne. Que chaque emploi, même modeste, permette de se loger, se soigner, se nourrir et éduquer sa progéniture. Sinon, ce n’est pas un emploi. C’est une trappe à misère.
Les politiques publiques doivent urgemment y penser.
Assez des discours sur la croissance, mais sans effets sociaux. Assez des chiffres qui endorment. Le gouvernement doit bâtir une stratégie claire et volontariste contre la précarité. Les partenaires techniques et financiers doivent aussi réorienter leur appui. Nous ne voulons plus des appuis pour créer des statistiques flatteuses et des indicateurs qui masquent les souffrances des jeunes.
Tant que le débat public tournera autour du "chômage", le vrai problème restera dans l’ombre. C’est à la précarité de l’emploi qu’il faut désormais s’attaquer, et frontalement.
Car un pays ne se développe pas avec des citoyens qui survivent. Il avance avec des hommes et des femmes qui vivent dignement de leur travail.

Un bon article fait d'un discernement pointu! Si les politiques publiques pouvaient s'en approprier...! Merci Justin.
RépondreSupprimerMerci pour cette analyse sans langue de bois et surtout très réaliste.
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