Afrique : l’IAJP relance le débat sur l’émancipation politique du continent
Le 7 août 2025, l’Institut des Artisans de Justice et de Paix (IAJP/Co) a inauguré une seconde rencontre, à Cotonou, réunissant universitaires, citoyenns, parlementaires et cadres à divers niveaux sur la question cruciale de la souveraineté politique en Afrique. « Souveraineté du pouvoir politique en Afrique : entre unité africaine et impuissance des dirigeants africains ? », c'était la thématique au cœur des échanges. À travers des analyses croisées, l’événement a permis d’examiner la réalité institutionnelle, l’indépendance économique et la responsabilité citoyenne sur le continent.
Les premiers mots de l’abbé Hermann Agboffo, directeur adjoint de l’IAJP/Co, ont donné le ton dès les premières minutes : la souveraineté africaine est telle une « jarre trouée », incapable de retenir pleinement ses contenus essentiels. Cette image frappante interpellait chaque acteur, du citoyen lambda au dirigeant en haut de la pyramide, sur la nécessité de contribution individuelle à l’édifice collectif.
Entre souveraineté formelle, indépendance illusoire et anomalie du contrôle social absent, les Panelistes sans langue de bois
Le politologue Hygin Kakai, de l’Université d’Abomey-Calavi, estime que l’indépendance juridique des États du continent est réelle, mais que cette souveraineté est encore largement symbolique. Il a souligné qu’elle est entravée par une dépendance persistante sur les plans économique, institutionnel et diplomatique. Selon lui, des décisions courageuses, prises malgré les pressions extérieures, sont indispensables à toute émancipation réelle.
Au sujet de la souveraineté du pouvoir politique en Afrique et de l'impuissance des dirigeants, le député Lazare Maurice Sehouéto pointe du doigt un dysfonctionnement structurel. Il s'agit de l’absence quasi totale de mécanismes de contrôle social en Afrique. « L’Afrique est le seul continent où ce mécanisme est pratiquement inexistant », a-t-il fait savoir avant d'insister sur le fait que ni les populations, ni la communauté internationale ne disposent d’un cadre efficace pour encadrer le pouvoir. Cette lacune, selon lui, fragilise l’autorité politique et érode la légitimité des institutions.
Joël T. S. Godonou, pour sa part, a défendu une vision duale : renforcer les institutions nationales tout en renforçant l’intégration africaine. Sa proposition consiste à permettre à l’Afrique de s’exprimer collectivement à l’échelle mondiale, en parlant d’une seule voix, tout en consolidant, chez chaque État, des structures solides et autonomes.
Au-delà de la sphère académique et politique, ces débats constituent une opportunité rare pour nourrir une culture démocratique. L'IAJP/Co peut créer des passerelles entre intellectuels, élus, citoyens et associations, afin d’amplifier ce dialogue vers un engagement citoyen accru et mieux documenté.
Vers une souveraineté renouvelée, entre autonomie et solidarité
L’idée directrice qui émerge de ce débat est triple :
-
Consolider les États en encourageant la mise en place de institutions robustes, transparentes et dotées de mécanismes de reddition de comptes.
-
Encourager la responsabilité citoyenne tout en créant les moyens pour que les populations puissent jouer un rôle actif dans la gouvernance.
-
Revitaliser la solidarité africaine et veiller à ce que l’unité se fasse sur des bases institutionnelles fortes, crédibles, et respectées, pour contrer les ingérences externes.
Cette rencontre-débat organisée par l’IAJP/Co est une fois encore l'expression de l'institution à participer à l'éveil des consciences et à la culture démocratique. Il faut noter que les orateurs ont conjointement souligné qu’une souveraineté formelle sans contrôle citoyen ni réseaux institutionnels résilients reste une coquille vide. Pour qu’elle devienne substantielle, combiner autonomisation interne et unité continentale devient indispensable.




Commentaires
Enregistrer un commentaire