Fred HOUENOU alerte : le duel Yayi-Talon, une menace pour la République
Dans une tribune parue le 8 novembre 2025, intitulée « Yayi-Talon : la guerre de trop pour la République », l’homme politique et intellectuel Fred Adriano HOUENOU signe une réflexion d’une grande profondeur sur l’état de la démocratie béninoise. Avec un style sobre et une rigueur d’analyse rare, il met en lumière une vérité dérangeante : le duel personnel entre Boni Yayi et Patrice Talon a fini par étouffer la République elle-même.
Fred HOUENOU rappelle que depuis 2012, la rupture entre les deux anciens alliés a empoisonné la vie nationale. Ce qu’il appelle une « querelle privée devenue mal public » a transformé les institutions en instruments de camps rivaux. À travers cette mise en garde, l’auteur souligne la dérive d’un pouvoir personnalisé, où la logique de vengeance supplante celle du bien commun.
### **La République avant les hommes**
Pour Fred HOUENOU, il ne s’agit plus d’un simple conflit politique mais d’une crise morale. Son appel à une *« Commission nationale pour la réconciliation et la vérité républicaine »* illustre sa vision d’un État fort, neutre et indépendant, où la loyauté envers la Nation prime sur les intérêts personnels.
Lire ici l'intégralité de sa Tribune
Tribune politique du 08 Novembre 2025.
Yayi-Talon : La guerre de trop pour la République
Chers Compatriotes d'ici et d'ailleurs, béninois de l'intérieur et de la diaspora.
<Lorsque les querelles des hommes deviennent plus fortes que les institutions,la nation devient orpheline>, disait HO CHI MINH.
Mais, depuis 2012, la République du Bénin vit sous l’ombre d’un conflit personnel qui, au fil des années, s’est mué en drame national.
La rupture entre les présidents Yayi Boni et Patrice Talon, d’abord politique puis existentielle, a laissé dans la conscience collective une cicatrice profonde.
Ce désaccord, que le chef de l’État actuel qualifie lui-même de "mésentente", a pourri la vie nationale, empoisonné nos débats publics et défiguré notre idéal républicain.
Une querelle privée devenue mal public
Tout a commencé par un soupçon de trahison, une affaire d’homme, mais elle s’est étendue à l’État tout entier.
Depuis, le Bénin est pris en otage par une rivalité de pouvoir qui a contaminé les institutions, transformé les partis politiques en camps d’alliés et d’ennemis, et réduit la politique à une arène de règlements de comptes.
Pendant plus d’une décennie, ce duel a paralysé les forces morales du pays.
Le peuple, lui, observe avec lassitude : il ne reconnaît plus dans ses dirigeants les visages de la sagesse, du dépassement, de la grandeur.
Il n’entend plus parler de République, mais de revanche.
Ce que le Bénin attend : un sursaut de hauteur
Le Bénin n’a pas besoin d’un spectacle de réconciliation personnelle.
Il a besoin d’un pardon national, d’un effort de vérité et de lucidité collective.
Que chacun, à son niveau, accepte de dire ce qui s’est passé et d’en tirer les leçons.
Ce pays n’a pas besoin d’un pacte de paix entre Yayi et Talon ; il a besoin d’un pacte de loyauté entre les dirigeants et la Nation.
Nous devons restaurer ce principe fondamental : l’État ne se confond pas avec les hommes qui l’incarnent.
Les querelles de personnes ne doivent jamais altérer la marche des institutions, ni détourner la politique de sa vocation : servir le bien commun.
Deux chemins pour sortir du cycle du conflit
1. Une initiative nationale de réconciliation républicaine
Il est temps d’ouvrir une Commission nationale pour la réconciliation et la vérité républicaine, indépendante et inclusive.
Cette instance, composée de figures morales, religieuses et institutionnelles, devrait écouter, comprendre et tirer les leçons du conflit Yayi-Talon.
Elle poserait les bases d’un pacte moral national engageant les futurs dirigeants à ne jamais transformer leurs différends personnels en crises d’État.
2. La restauration de la neutralité de l’État
Le duel des hommes a prospéré parce que les institutions sont devenues fragiles.
Il faut rétablir leur indépendance: une justice vraiment autonome, des médias publics libérés, une administration neutre et des contre-pouvoirs effectifs.
Le Bénin ne sera sauvé que le jour où l’État sera plus fort que ses présidents.
Appel à la génération montante
Ce conflit appartient à une génération qui a marqué l’histoire, mais qui ne doit pas enchaîner l’avenir.
La jeunesse béninoise doit ouvrir un nouveau cycle: celui du service, de la vérité et de la reconstruction.
Un Forum national de la jeunesse pour la refondation républicaine pourrait tracer ce nouvel horizon, loin des clans, au nom du seul idéal: le Bénin.
Pour conclure :
Il ne s’agit plus de choisir entre Yayi et Talon.
Il s’agit de choisir la République.
De choisir la paix au-dessus des rancunes, l’avenir au-dessus des blessures, et la vérité au-dessus des vanités.
Si nos anciens présidents pouvaient, ne serait-ce qu’un instant, se taire ensemble, le Bénin, lui, pourrait enfin parler.
Et ce jour-là, notre Nation retrouverait sa voix, sa force et sa dignité.
Fred Adriano HOUENOU.
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