Fred HOUENOU sur la démocratie en Afrique : ‘’Le problème n’est pas le vote, mais la culture politique’’

 

Dans une tribune politique publiée ce 16 novembre 2025, l’acteur politique Fred Adriano HOUENOU propose une lecture audacieuse et dérangeante de l’impasse démocratique africaine. Selon lui, la crise que traverse le continent n’est pas institutionnelle mais culturelle. Une affirmation forte qu’il illustre dans la première partie de son texte intitulée « Le grand malentendu africain », où il accuse l’Afrique d’avoir « importé la démocratie sans fabriquer de démocrates ». Décryptage.

 


Plus de trente ans après la vague de conférences nationales et d’ouvertures multipartites, l’Afrique continue de chercher son souffle démocratique. Les constitutions ont été modernisées, les élections multipliées, et les institutions républicaines mises en place à un rythme soutenu. Pourtant, le constat demeure amer : instabilités à répétition, méfiance généralisée, ressentiment populaire, et résurgence de pratiques autoritaires.

Dans sa tribune du 16 novembre 2025 intitulée « Pourquoi la démocratie africaine souffre », Fred Adriano HOUENOU tente d’expliquer ce paradoxe. Sa réponse est sans détour :

« Le problème n’a jamais été le vote. Le véritable problème est la culture politique. »

Pour lui, l’erreur africaine est originelle. Nous avons cru que la démocratie pouvait s’installer par décret, « comme une architecture institutionnelle importée et posée sur des sociétés qui n’en maîtrisaient pas les usages ». La croyance, selon lui, fut naïve : penser que le pluralisme pouvait se résumer à des textes et des rituels, sans transformation profonde des mentalités.

Dans ce premier chapitre intitulé « Le grand malentendu africain », l’auteur distingue avec acuité la forme et le fond. L’Afrique, écrit-il, a adopté les symboles sans adopter l’esprit. Elle a planté la façade démocratique, mais sans bâtir les fondations citoyennes.

« Nous avons confondu l’apparence et la substance, le rituel et l’esprit, la forme et la culture. Résultat : nous avons des élections sans véritable citoyenneté, des débats sans idéologie, des institutions sans ethos républicain. »

Le constat est sévère, mais il se veut surtout lucide. Car pour Fred HOUENOU, la crise démocratique n’est pas un accident ; elle est la conséquence directe d’une démocratie importée, et non incarnée.

Sa formule la plus forte qui résume toute sa pensée :

« L’Afrique a importé la démocratie ; elle n’a pas encore fabriqué des démocrates. »

À travers cette première partie, l’auteur remet au cœur du débat une idée essentielle : la démocratie n’est pas seulement un mécanisme, c’est une culture. Une culture qui ne se décrète pas, mais qui se construit, se transmet, s’incarne.

Cette réflexion marque le début d’une tribune dense où il analyse également les confusions autour du vote, la faiblesse de la citoyenneté, la responsabilité des élites et la fragilité des institutions. Mais tout commence par ce malentendu fondateur : croire qu'il suffisait d'adopter des procédures pour devenir une démocratie.

La tribune complète de Fred HOUENOU invite à poursuivre ce questionnement nécessaire.

Tribune Politique du 16 Novembre 2025

POURQUOI LA DÉMOCRATIE AFRICAINE SOUFFRE :

LE PROBLÈME N’EST PAS LE VOTE, MAIS LA CULTURE POLITIQUE

 

Depuis plus de trois décennies, l’Afrique s’est engagée avec enthousiasme sur la voie du pluralisme. Presque partout, on a organisé des élections, adopté des constitutions modernes, créé des institutions indépendantes. La promesse était simple : en ouvrant la porte du multipartisme, la démocratie s’implanterait naturellement.

Mais la réalité, aujourd’hui, est tout autre : instabilité politique, désenchantement populaire, effondrement de la confiance, dérives autoritaires.

Le problème n’a jamais été le vote. Le véritable problème est la culture politique.

 

  I. Le grand malentendu africain:

Nous avons cru que la démocratie s’installait par décret, comme une nouvelle architecture institutionnelle importée et posée sur des sociétés qui n'en maîtrisaient pas les usages.

Nous avons confondu l’apparence et la substance, le rituel et l’esprit, la forme et la culture.

Résultat : nous avons des élections sans véritable citoyenneté, des débats sans idéologie, des institutions sans ethos républicain.

 

L’Afrique a importé la démocratie ; elle n’a pas encore fabriqué des démocrates.

 

II. L’erreur fondatrice : confondre élections et démocratie:

La plupart des élections en Afrique sont devenues des exercices logistiques, non des moments de responsabilité collective.

Le vote y est souvent perçu non comme un choix de société, mais comme une opportunité économique :

argent distribué, t-shirts, promesses creuses, marchandage de conscience.

 

Les partis politiques eux-mêmes se réduisent trop souvent à des machines électorales, sans corpus idéologique, sans projet civilisationnel, sans formation de base de leurs militants.

 

Or, la démocratie n’est pas qu’un mécanisme :

c’est une pédagogie, une discipline collective, une culture du compromis et de la vérité.

 

III. Les racines profondes : une citoyenneté faible:

 L’Afrique moderne repose encore sur des loyautés qui précèdent l’État : la famille, l’ethnie, la communauté, l’ami, le chef local.

Dans ce contexte, la citoyenneté apparaît comme une identité abstraite, et parfois même inutile.

 

À cela s’ajoute :

 

une éducation civique inexistante,

 

un rapport distant à l’État, perçu non comme un bien commun mais comme une puissance étrangère,

 une peur héritée des violences politiques d’hier,

 une indifférence nourrie par les déceptions d’aujourd’hui.

 Or, sans citoyens libres, instruits et conscients, il n’y a pas de démocratie. Il n’y a que des procédures.

 

IV. La responsabilité écrasante des élites politiques:

 La vérité doit être dite : les élites africaines portent une grande part de responsabilité dans cette faillite culturelle.

 Elles ont entretenu la confusion entre charité et politique.

Elles ont construit des réseaux de dépendance au lieu de bâtir des institutions.

Elles ont transformé l’électoralisme en stratégie et étouffé l’éducation du peuple.

Elles gouvernent plus souvent par la propagande que par la transparence, plus par l’émotion que par la vérité.

 La démocratie ne peut exister là où les élites refusent de rendre des comptes.

 V. Des institutions fortes en apparence, faibles en pratique:

 Sur le papier, tout existe : cours constitutionnelles, parlements, cours des comptes, presse libre, commissions électorales.

Mais ces institutions manquent souvent de culture républicaine. Elles deviennent fragiles dès qu’elles doivent résister aux passions, aux pressions, ou aux intérêts privés.

 Tant que les institutions dépendront des hommes, et non d’une culture politique partagée, la démocratie restera une illusion.

 

VI. La sortie de crise : bâtir une culture politique africaine:

 Il est temps d’aller au-delà des réformes superficielles.

Il ne s’agit pas d’augmenter le nombre d’élections, mais de changer la manière d’être citoyen.

 

Pour cela, l’Afrique doit :

 reconstruire l’éducation civique, dès l’école primaire ;

 réinventer les partis politiques comme écoles d’idées, lieux de formation et de responsabilité ;

 promouvoir une nouvelle génération d’élites, disciplinées, moralement stables, républicaines ;

 valoriser les vertus essentielles : probité, vérité, service, courage, responsabilité collective.

 Ce n’est pas un luxe : c’est une nécessité nationale.

 VII. Conclusion: La démocratie ne se décrète pas, elle se cultive

 Le vote est une porte.

La démocratie est un chemin.

Et ce chemin ne peut être emprunté sans une transformation profonde de nos mentalités.

La démocratie souffre en Afrique, non parce qu’elle serait incompatible avec nos sociétés, mais parce que nous n’avons pas encore fondé la culture qui la rend vivante.

 L’avenir du continent dépendra de sa capacité à former des citoyens exigeants, des élites responsables, et un rapport nouveau à la vérité politique.

 C’est à ce prix que l’Afrique cessera d’imiter, pour enfin inventer.

C’est à ce prix que la démocratie cessera d’être un rituel, pour devenir une civilisation.

 

  Fred Adriano HOUENOU


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